titre de la nouvelle

Il est 20 H 30. Je sonne à la porte d’entrée de l’immense maison appartenant à monsieur Anton Zohac. Pour une fois, je suis ponctuel à un rendez-vous. Au bout de quelques secondes, j’entends un bruit de pas grandissant au travers du chambranle. La porte s’ouvre sur un domestique attifé comme un valet de pique. Bien que surpris par une telle apparition, je reste de marbre. « Si vous voulez bien me suivre. »
Après avoir pris un couloir interminable, jalonné d’un nombre incroyable de portes, j’arrive dans une pièce gigantesque qui semble être la salle de séjour de cette vieille demeure du XIXème siècle. Au milieu trône une table où deux assiettes reposent, la mienne ainsi que celle de monsieur Zohac, je suppose.
« Veuillez prendre place à table. Monsieur Zohac sera à vous dans quelques instants. En attendant, je vais vous servir l’apéritif. Que désirez-vous boire ?
- Un Whisky s’il vous plaît. »
Je n’ai toutefois guère le loisir de déguster mon premier verre. La silhouette de monsieur Zohac se profile dans l’encadrement de la porte, je me relève pour lui adresser mes salutations.
« Rasseyez-vous, je vous en prie. Je vous accueille en toute simplicité. Enrico, mon serviteur que vous connaissez déjà, nous a préparé ce soir un menu typiquement régional, mais je suis convaincu que vous l’apprécierez à sa juste valeur. J’ai personnellement veillé à son élaboration.
- Oh ! Je n’en doute pas du tout. »
Je lève les bras à l’horizontale et regarde autour de moi.
« Avec une telle demeure, vous ne pouvez être qu’un homme de goût ! »
Certes, le personnage s’y connaît en belles choses. C’est la première impression qui effleura mon esprit en regardant la photographie de sa jeune épouse, quelques jours plus tôt, dans mon bureau. La mère de la fille en question venait de me la remettre. Sa chère enfant ne lui donnait plus signe de vie depuis quelques jours. Ce n’était pas son habitude, elle l’appelait régulièrement tous les mercredis entre 13 h 00 et 13 h 30 pour lui donner de ses nouvelles.
Depuis que la petite avait épousé Anton Zohac, au printemps dernier, elles ne s’étaient jamais revues. La vieille femme se contentait simplement du coup de fil hebdomadaire. Elle n’en demandait pas plus. D’ailleurs, elle aurait été bien en peine d’en savoir plus, elle n’avait même pas été invitée au mariage. Zora, c’est le prénom de la jeune femme, n’avait pu l’avertir à temps, monsieur Zohac était trop pressé de lui mettre la bague autour du doigt.
Alors, quand le téléphone cessa de sonner il y a quinze jours environ, son sang ne fit qu’un tour : il était sûrement arrivé quelque chose à sa gamine ! Elle décida d’avoir recours aux services d’un détective privé. Selon ses amies, c’est le meilleur moyen de retrouver une personne disparue !
En bon samaritain que je suis, j’acceptais immédiatement cette mission de recherche et les billets violets qu’elle tendait sous mon nez. Il faut dire que j’exerce mon boulot de détective à mi-temps, le reste étant consacré au nettoyage des vitres sur les immeubles de grande hauteur pour compléter mon revenu.
Mais pour le moment, je m’interroge sur la nature de mon hôte. Est-ce le bon dieu ou son ange Belzébuth ? Je ne parviens pas à me décider.
« Désirez-vous un second whisky ? »
Avec de telles propositions, il ne peut être que du bon coté ! Je m’empresse de répondre par l’affirmative. Pendant ce temps, le fidèle valet apporte les premiers plats. En fait, il s’agit de plusieurs pots de terre dans lesquels ont pris place pâtés et rillettes.
« J’espère au moins que vous n’êtes pas végétarien ?
- Non, assurément non. »
Bien au contraire, je jubile à l’idée de déguster ces terrines. Habituellement, je préfère les rillettes passées au mixeur pour qu’elles soient plus fines. Pour les déguster, je les étale sur du pain de campagne préalablement grillé.
Je suis sur le point d’oublier les motifs qui m’ont amené ici. Je dois réagir vite, je n’ai quand même pas fait plus de quatre cent kilomètres pour me repaître de simples cochonnailles !
Il est vrai que mon enquête avait commencé sous le signe de la nourriture…
Le premier soir à l’hôtel, j’eus le privilège d’avoir la visite du cuisinier à la fin de mon repas. Il voulait savoir si j’avais apprécié le menu qu’il avait spécialement concocté pour son unique client de la soirée. J’acquiesçais évidemment.
« Vous connaissez Zora Zohac ?
- Pourquoi me demandez-vous ça ? Vous êtes de la police ?
- Quelle idée ! Je suis représentant en vitrerie. De passage dans votre belle région, je me suis rappelé qu’une vieille copine d’enfance vivait ici. J’aimerais reprendre contact avec elle.
- C’est drôle que vous soyez justement descendu dans la seule maison du village qu’elle fréquentait en compagnie de son cher Joey avant de disparaître de son domicile.
« Ah ! Elle n’habite plus dans le coin ? »
Pas de réponse. La mine interrogative, je repris le fil de la conversation.
« Son mari ne s’appelle pas Anton ?
- Je n’ai pas parlé de son mari ! » Je ne pus en savoir plus, une sonnerie de téléphone venait de résonner au loin. Le restaurateur abrégea immédiatement la conversation.
Le lendemain de mon arrivée, je décidais de rencontrer les gendarmes du secteur.
Le fonctionnaire de faction qui accepta de me recevoir exprima un large sourire à l’instant même où je prononçais le nom de Zohac. Il me pria aussitôt de regarder les deux photos qui ornaient le panneau d’affichage, celle d’une certaine Zora Zohac, l’autre, d’un dénommé Joël Phaéton, dit “ Joey ”, avec pour légende commune : “ personnes disparues ”. Pour lui, la messe était entendue. La mystérieuse disparition se transformait en une banale fugue d’amoureux. Je sortais déçu de mon entretien. Pourtant, avant d’enterrer définitivement mon enquête, je devais rencontrer le mari trompé…


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Il voyait des seins partout. Autour de lui, la piste était noire de monde, mais dans la pénombre, il ne voyait que les seins des danseuses qui s'agitaient au rythme de la musique. Etrangement, il n'y avait aucun garçon, à part lui évidemment. Cela ne l'inquiétait pas outre mesure. Tous les soirs, il était le seul homme à contempler les jeunes filles qui dansaient autour de lui. Certes, il aurait pu s'en étonner, mais il n'était pas à une bizarrerie près. Du reste, il était trop absorbé par la vue de ces poitrines pour s'en émouvoir.
Lorsqu'il était fatigué de se trémousser parmi elles, il partait flâner autour de la piste de danse, se mélangeant fortuitement au sein des groupes qui gravitaient à sa périphérie. Bien mal lui en prenait car il avait alors plus de difficulté à observer l'anatomie de ses voisines. Pourtant, il s'en fichait, il prenait autant de plaisir à imaginer ce qu'il y avait au-delà de l'ombre des tissus qui tentaient tant bien que mal à cacher l'opulence de leurs formes. Enfin, sa vue se cantonnait à leur poitrail. Il ne cherchait même pas à les dévisager, ni à apprécier la rondeur de leur croupe. Non ! Il était seulement obsédé par la contemplation de leurs seins.
Lorsque l'obscurité était trop omniprésente, son imagination faisait alors le reste... Il les devinait lourds, ou bien fièrement dressés, voire écrasés dans leur coquille de tissu, mais à chaque fois, il n'était jamais déçu. Il était sûr de percer invariablement le mystère qu'elles s'efforçaient de dissimuler, même si chacune avait recours à une superposition incroyable de vêtements.
Puis lorsque ses jambes mollissaient, il s'arrêtait au bar prendre un verre. Le moment était magique, car il y avait toujours à ce moment précis une jeune fille à moitié dévêtue, la chevelure blonde en bataille, accoudée au comptoir près d'un verre vide.
"Vous habitez chez vos parents ?"
Il commençait toujours son approche par ces mots-là. Certes, ils étaient plutôt ringards, mais ils parvenaient toujours à dérider la demoiselle. Il lui offrait alors une coupe de champagne et la discussion s'engageait. Il parlait politique, actualité, des romans à la mode, mais il cherchait surtout à déceler ce qui pouvait la faire frissonner. Lorsqu'il avait trouvé la faille, il la branchait sur ce sujet, la jeune fille se lançait irrémédiablement dans un monologue sans fin qu'elle égrenait à l'oreille de son interlocuteur. Il n'en demandait pas plus. Penchée vers lui, il pouvait alors contempler en toute quiétude son profond décolleté.


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La voiture roulait vite. Très vite ! Malgré le bruit de tôle qui troublait régulièrement le bourdonnement du moteur, rien ne semblait pouvoir empêcher Christophe d’atteindre son but. Déjà deux heures de route depuis son dernier arrêt, encore trois avant de parvenir à Andorra la Vella, il pensait avoir fait le plus dur. Le garçon jeta un coup d'œil dans son rétroviseur, il redoutait inconsciemment que le second occupant du véhicule soit en mesure de se relever et pouvoir l’agripper.
Le cœur au point mort, l’homme en question aurait bien été en peine de faire le moindre mal à Christophe. Il était pourtant en droit de se plaindre. En parfait auto stoppeur, celui-ci attendait patiemment le bon vouloir des automobilistes sur le bord de la RN 20, en direction de Toulouse, il aspirait simplement à une place au chaud. Jamais, à son grand dam, il n’aurait pensé finir le trajet dans le fond d’un coffre de voiture, bien qu'aussi spacieux que celui d’une GS Club Break.
En essuyant de la main la buée qui se formait sur le para-brise, Christophe repensait aux circonstances qui l’avaient conduit, le mot était de circonstance, sur cette route de campagne en compagnie d’un cadavre. Tout avait démarré après une querelle avec sa mère.
- M’man, je veux m’installer photographe de presse à Paris.
Le mot était enfin lâché. A 18 ans passés, il était bien de droit de revendiquer son désir profond, ce à quoi il aspirait tant depuis qu’il usait ses fonds de culotte sur les bancs du lycée. Etre photographe ! Peu lui importait ce qu’il devait photographier, l’essentiel était d’avoir un appareil photo, Minolta réflex de préférence, entre les mains.
- Si tu persistes dans tes conneries, ton père va te flanquer une bonne raclée.
- Pourquoi ? C’est un métier qui rapporte beaucoup d'argent.
- Ah bon ! Qui voudrait bien t’embaucher avec les notes que tu te traînes à l’école ? Personne ! Tu m’entends, personne !
- Mes notes ne me servent à rien lorsque je prends des photos.
- Ouais !
Le reste des paroles demeura inaudible. Sa mère venait de relancer son aspirateur, le bruit cachait tout. La discussion était close, mais pas pour Christophe.
- Si c’est ainsi que tu le prends…
Il monta les marches de l’escalier quatre à quatre jusqu’à sa chambre où il réunit en un tour de main ses affaires. Vêtements, sous-vêtements, nécessaire de toilette, il remplit son sac au maximum. Il partait pour longtemps. Il prit l’argent liquide qu’il cachait sous son matelas, près de 457 €uros, fruit de ses économies, puis à pas feutrés, il se dirigea vers la chambre de ses parents où il savait trouver ce qu’il fallait pour acquérir l’objet de ses désirs.
Depuis quelque temps déjà, en prévision d’un jour comme celui-ci, il surveillait les moindres faits et gestes de sa mère lorsqu’elle cachait la pension que le facteur lui apportait chaque mois. En digne émule de l’harpagon de Molière, elle adorait compter ses sous tous les soirs. Pour ne pas faire trop de kilomètres, elle les entassait simplement dans un vieux pot de chambre. Vide et propre bien entendu, son apparence constituait son meilleur rempart contre les éventuels cambrioleurs. Evidemment, Christophe était plus malin qu’eux tous réunis. Il empocha promptement une des liasses, soit 1 524 €uros au total, puis remit tout en ordre avant de quitter les lieux. Il savait ce qui l’attendait le jour où ses parents s’en rendraient compte, un aller sans retour à la maison de correction, mais il s’en moquait royalement. Peu lui importait la nature du flacon, pourvu qu’il ait l’ivresse !
Il lui fallait d’abord acheter son matériel de travail. Il avait son idée sur la question depuis que son meilleur ami lui avait parlé des prix hyper bas qui se pratiquaient en Andorre sur les appareils photos. Ce petit pays frontalier était quasiment la caverne d’Ali baba ! Son seul inconvénient, Christophe n’avait pas le mot de passe magique pour y accéder, en l’occurrence un moyen de locomotion…
Heureusement, la chance allait lui sourire !
En sortant du pavillon parental, Christophe remarqua par hasard son futur ticket d’entrée. En réalité, son œil avait plutôt été intéressé par le prix qui était affiché sur l’une des vitres du véhicule, celle du passager arrière gauche pour être plus précis. « A vendre 305 €uros » ! Certes, cette citroen datait un peu. Construite en 1979, elle avait parcouru plus de cinq fois le tour de la terre. Mais il pouvait difficilement espérer mieux eu égard son maigre pécule. Il n’avait pas le choix. L’affaire fut promptement menée à la grande satisfaction de son propriétaire.
Tout en surveillant les véhicules qui le suivaient, il s’adressa à son passager. Christophe ne pouvait s’empêcher de parler, même à un mort !


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